Réparer, accompagner, transmettre : à Dakar, une nouvelle étape pour améliorer la prise en charge des conséquences des mutilations génitales féminines« Aujourd’hui, je me sens femme. Ce n’était pas le cas avant »
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Derrière les chiffres, les formations et les interventions, il y a d’abord des femmes. Des parcours parfois marqués par des années de souffrance. Et la possibilité, grâce à une prise en charge adaptée, de se reconstruire. |
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Du 10 au 18 octobre 2026, Dakar a accueilli la deuxième session régionale de formation et de prise en charge des mutilations génitales féminines soutenue par le Fonds Muskoka, au Centre Hospitalier National de Pikine. Après une première session organisée à Abidjan en 2025, cette nouvelle étape a réuni des professionnels de santé du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Sénégal, du Tchad et du Togo. 34 femmes ont bénéficié d’une prise en charge chirurgicale et 21 professionnels de santé ont été formés, dont 11 médecins et 10 sages-femmes. Parmi eux, 8 avaient déjà participé à la première session d’Abidjan, favorisant une véritable dynamique de transmission entre pairs et d’apprentissage pratique.
Mais réparer ne se résume pas à un geste chirurgical.
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La mission de Dakar a associé formation théorique, pratique clinique, chirurgie, accompagnement psychosocial et sexologique et échanges entre professionnels. Cette approche multidisciplinaire est au cœur du modèle développé : accompagner les femmes avant, pendant et après l’intervention, en prenant en compte les différentes dimensions de leur parcours.
Les témoignages des patientes parlent d’eux-mêmes : « C’est le plus beau combat de ma vie. »
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Cette démarche s’inscrit pleinement dans le mandat du Fonds Muskoka, qui accompagne depuis 2011 l’amélioration de la santé et des droits des femmes, des adolescentes et des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre.
À travers une approche intégrée et multisectorielle, les 4 agences onusiennes du Fonds (OMS, ONU Femmes, UNFPA et UNICEF) soutiennent le renforcement des systèmes de santé, le développement des compétences des professionnels et l’amélioration de l’accès à des soins de qualité. En soutenant ces formations et la prise en charge des conséquences des mutilations génitales féminines, le Fonds Muskoka contribue à faire évoluer durablement les pratiques, à renforcer les capacités nationales et à garantir aux femmes un accompagnement global, respectueux de leurs droits et de leurs besoins.
Et pour certaines, cette prise en charge intervient après des années de souffrance :
« Je souffrais depuis 2022. Une vraie souffrance qui ruine votre vie. Parfois, j’avais envie de tout m’arracher. Je me demandais : “Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ?” Maintenant, quand je me vois, je me dis : “Quelle beauté.” »
Ces paroles rappellent pourquoi l’approche doit être globale. Prendre en charge les conséquences des MGF, c’est soigner, mais aussi écouter, accompagner et permettre aux femmes d’accéder à un parcours de soins adapté à leurs besoins.
Et pour que le plus grand nombre de femmes puissent en bénéficier, il faut aussi transmettre les compétences.
Parmi les 8 professionnels formés en 2025 revenus à Dakar, 6 avaient déjà réalisé des réparations dans leur propre pays. À l’issue de cette deuxième session, 19 professionnels sur 21 déclaraient se sentir capables de former à leur tour leurs collègues.
C’est là tout l’enjeu : passer de missions ponctuelles à une expertise durablement ancrée dans les systèmes de santé nationaux.
Les enseignements de Dakar montrent également le chemin qui reste à parcourir : mieux identifier et orienter les femmes concernées, renforcer la sensibilisation auprès des communautés, anticiper l’accompagnement familial et social, pérenniser la prise en charge psychosociale et sexologique, assurer le suivi des patientes et progresser vers une prise en charge totalement gratuite.
Les situations rencontrées pendant la mission montrent combien cet accompagnement en amont est essentiel : quatre patientes ont renoncé à l’intervention en raison de l’opposition de leur famille ou de leur belle-famille.
Des pistes concrètes émergent déjà dans les pays telles que l’organisation des camps de réparation envisagés avec les chirurgiens formés dans différentes régions ; l’intégration de la prise en charge des MGF dans les curricula de formation ; systématiser le dépistage de l’excision lors des consultations prénatales.
Après Abidjan et Dakar, 62 femmes ont été prises en charge chirurgicalement et 30 professionnels de santé issus de six pays ont été formés.
Mais l’ambition va au-delà ; il s’agit désormais de faire vivre et diffuser cette expertise, en développant une communauté de pratique, en intégrant la prise en charge holistique dans les curricula de formation, en capitalisant les pratiques et en accompagnant progressivement chaque pays vers un modèle intégré et multisectoriel.
Parce que derrière chaque intervention, il y a un parcours.
Derrière chaque professionnel formé, la possibilité de prendre en charge d’autres femmes. Et derrière chaque compétence transmise, l’opportunité de construire une réponse durable, au plus près des besoins de chaque femme. L’objectif est désormais de poursuivre cette dynamique pour que chaque femme puisse accéder, durablement et sans obstacle, à une prise en charge globale et de qualité, et que les compétences acquises aujourd’hui deviennent les fondations d’une réponse pérenne dans chaque pays.
Réparer.
Accompagner. Transmettre. Permettre aux femmes d’exercer pleinement leurs droits, de reprendre possession de leur corps, et de retrouver leur dignité et la maîtrise de leur parcours de vie.
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